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Beauvechain, le 7 juillet 2010 Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins,
Concerne : Demande de permis d’urbanisme tendant à construire une surface commerciale de type supermarché avec démolition de la surface commerciale existante, à construire un bâtiment comportant deux surfaces commerciales et deux immeubles mixtes (trois commerces avec neuf logements en duplex et un commerce avec trois logements en duplex), sur le bien sis à 1320 Beauvechain, section de Hamme-Mille, Chaussée de Louvain et rue René Ménada.
Veuillez trouver ci-dessous les observations de l’asbl Action Environnement Beauvechain dans le cadre de l’enquête publique susmentionnée (projet Ascencio). Nous y joignons également nos remarques sur le projet de rond-point qui y est étroitement lié. Par contre, nous réservons à la prochaine enquête publique concernant le projet Tamet les autres remarques que pourrait susciter l’étude d’incidences.
CONSIDERATIONS GENERALES
Si nous constatons quelques améliorations par rapport à la dernière demande de construction du nouveau Champion et si nous apprécions de disposer d’une étude d’incidences sur l’ensemble du projet, nous restons cependant opposés à la taille exagérée du nouveau Champion et à son emplacement situé « en partie dans la zone humide et inondable du Pré de Litrange »[1].
Par contre, les autres bâtiments projetés sont en très large partie conformes à l’esprit et à la lettre du Règlement communal d’Urbanisme et n’appellent pas d’objections de notre part.
Nous tenons d’abord à souligner que notre association est favorable à un développement commercial maîtrisé de Hamme-Mille, comme le prévoient le Schéma de structure et le Règlement communal d’Urbanisme de Beauvechain. Nous sommes en faveur d’ « une moyenne surface commerciale couplée à un petit centre commercial »[2]. Le RCU stipule que « pour ce faire, il faut exclure les grandes surfaces commerciales (>400m²). »[3] Or, il s’agit en l’occurrence d’un bâtiment six fois plus grand (2434m² hors quai de chargement couvert) et deux fois plus grand que le Champion actuel ! Cette taille disproportionnée du nouveau Champion par rapport au contexte de Hamme-Mille et de la région à vocation rurale dans laquelle il s’inscrit risque fort de faire de Hamme-Mille un pôle suprarégional, dépassant de loin les besoins de la région et aggravant ainsi le risque de suburbanisation.[4] C’est ce qu’indique aussi l’étude d’incidences qui cite le SDER au point 9.3.2 : « la dimension des ensembles commerciaux doit être en rapport avec la position occupée par le pôle dans l’organisation territoriale voulue par le SDER »[5]. « Dans cette optique, Hamme-Mille, adjacent au pôle Wavre-LLN repris par le SDER, devrait rester un noyau commercial de proximité ».[6] Nous ne sommes pas d’accord avec les justifications trompeuses de la dérogation qui concerne la superficie (on invoque un « cas d’espèce » permettant de s’affranchir du RCU, la réalité d’un bâtiment préexistant et un RCU soi-disant « muet quant aux superficies maximales que peuvent développer les bâtiments commerciaux [7]» !) Le seul véritable motif invoqué se trouve dans une simple note en bas de la page 8 du rapport justificatif : « la légère (sic) augmentation de superficie du bâtiment A à (sic) uniquement pour objet la requalification de la moyenne surface existante afin adapter (sic) celle-ci aux exigences actuelles en matière de distribution. » Nous aurions aimé que cette réflexion soit développée mais il nous paraît clair que le but est moins de rendre plus convivial l’espace commercial par rapport à la situation existante en l’agrandissant un peu, que simplement d’être toujours plus grand, ce qui n’est plus dans l’air du temps (voir la fin des hypermarchés). Aucun motif sérieux n’est avancé pour justifier la dérogation (même pas demandée), mis à part cet impératif purement commercial ce qui ne peut motiver une dérogation d’aménagement. Le Champion actuel, de par sa superficie, étant déjà en contradiction avec les prescriptions du RCU, nous estimons que, pour rester dans l’esprit du RCU, on ne peut pas encore augmenter cette surface. Le respect de l’esprit du RCU est souligné au point 4.3.1 du Règlement communal d’Urbanisme : « Il est important dans ce cas de respecter l’esprit du règlement même s’il faut interpréter les règles ou, exceptionnellement, y faire dérogation. » Pour rester dans l’esprit du RCU, nous préconisons également que l’on s’inspire de la surface du Lidl voisin. C’est d’ailleurs ce que suggère aussi l’étude d’incidences à la page 17,3.6.2.C : « Le bâtiment A (magasin Champion) représente par sa volumétrie, une exception par rapport au quartier environnant et de ce fait déroge à plusieurs prescriptions du RCU. (…) le magasin Lidl s’inscrit quant à lui par sa volumétrie dans le contexte de l’aire de bâti semi-urbain. » Il devrait aussi être possible de prendre pour exemple des supermarchés vastes et accueillants mais à vocation locale comme l’AD Delhaize à l’entrée de Jodoigne (réussite architecturale voir figure 2), ou au maximum le Delhaize de Glimes/Opprebais (1800m²). Même le Colruyt de Grez-Doiceau ne fait pas 1200m² et draine cependant une large clientèle !Pourquoi vouloir dépasser le Delhaize de Wavre ? L’étude d’incidences elle-même ne précise-t-elle pas au point 4.9.2 que « le projet immobilier Ascencio ne vise pas une augmentation de la chalandise du Champion » ! Comment expliquer dès lors une telle augmentation de sa taille ?
UNE IMPLANTATION UN PEU PLUS AU SUD : BEAUCOUP D’AVANTAGES POUR L’ENVIRONNEMENT
Comme nous l’indiquions lors de la première enquête publique, la préférence de notre association va à une reconstruction du Champion en son emplacement actuel. Pour tenir compte des arguments avancés par le promoteur, nous suggérons que l’implantation du nouveau Champion redimensionné se fasse plus au sud du projet actuel, à l’arrière du Champion existant. Nature Cette solution permettrait de conserver et laisser se développer l’aulnaie alluviale nitrophile du Pré de Litrange reprise au PCDN et sur laquelle se trouve en partie l’emprise du bâtiment A projeté (voir point 6.2.2 du résumé non technique de l’EIE). Cette solution nous semble préférable à « la mise à blanc de la surface boisée », au « remblayage de cette zone pour l’assiette du bâtiment et pour la remise à niveau du parking », à l’urbanisation du site et à la plantation d’une haie vive pour compenser la perte de maillage écologique[8]. Gardons les écosystèmes plutôt que les « copier le mieux possible », ainsi que le propose l’EIE à la page 35 ! Pour rappel, en cette année de la biodiversité, les zones humides sont ce que la commune a à offrir de plus précieux en matière de biodiversité. Pour citer le Schéma de Structure de Beauvechain (chapitre 3.3.1.2.a) : « Ces milieux humides se raréfient non seulement sur la commune mais également dans la région, c’est pourquoi leur conservation est primordiale. » Evidemment, ils ne sont pas « rentables » mais la nature n’a pas (encore) de prix ! Ne pas vouloir construire chaque centimètre carré du terrain pour laisser la place à la nature ferait honneur au propriétaire et rehausserait l’image de marque de l’entreprise. Nous insistons également pour que l’on conserve sur le parking l’alignement de saules têtards.
Eau Cette solution présenterait aussi l’avantage de préserver la zone humide et inondable[9] derrière le Lidl lui permettant de jouer son rôle régulateur. Pour citer l’étude d’incidences : « Les terrains Ascencio sont en partie inclus dans la zone humide et inondable du Pré de Litrange »[10], « Les terrains du projet Ascencio sont entièrement artificialisés et imperméabilisés. »[11] (3000m² supplémentaires). « La surélévation des sols sous le bâtiment A, magasin Champion, entraîne la mise en place d’un talus au bord du canal de dérivation, à l’arrière du Champion. Les terrains surélevés sont en zone inondable (avec une occurrence et une amplitude d’inondation faible) sur une superficie de 180m². »[12] « La proximité de la Néthen et le faible dénivelé existant entre ces terrains (l’aulnaie recouverte partiellement par le projet ndlr) et le cours d’eau induit un risque potentiel d’inondation par débordement (en gras dans le texte) lors des périodes de crue du cours d’eau[13]. » L’étude d’incidences confirme à la page 33 les incidences que peut avoir le projet sur l’aléa d’inondation. Une réduction de l’emprise au sol du bâtiment A ainsi que son déplacement vers les parkings actuels du Champion permettrait de mitiger ces risques d’inondation. Toute modification du relief du sol après la butte du tram est à rejeter.
Paysage Le déplacement de l’implantation du bâtiment A serait également intéressant en termes paysagers car il serait moins visible depuis la chaussée. En effet, comme le souligne l’étude d’incidences au point 7.3 du résumé non technique, « - les 2 perspectives depuis la N25 vers les terrains situés à l’ouest seront fermées par le nouveau magasin Champion - Depuis le chemin vicinal, la vue serait fermée par le nouveau magasin Champion. »
URBANISME -ARCHITECTURE
Nous constatons avec satisfaction que les bâtiments B, C et D, à l’exception de
leurs volumes secondaires, respectent les prescriptions du RCU. Les travées du
bâtiment B ont été ponctuées de larges colonnes qui rythment la façade. Cependant, comme l’explique la notice architecturale, « un magasin de plus de 2400m² de surfaces brutes a forcément une profondeur supérieure…L’option de couvrir le volume arrière avec une toiture plate résulte de la profondeur totale du bâtiment, dont la couverture complète avec double toiture est irréaliste ». Raison de plus de s’interroger sur l’opportunité d’avoir une telle superficie ! Nous demandons avec insistance que le Champion reste l’exception et qu’on n’affuble pas toute nouvelle surface commerciale d’une « fausse » toiture à double versant. D’ailleurs, le respect de la limite des 400m² du RCU permet celui de la typologie locale avec un « vrai » toit à double versant ! Le Délitraiteur de Grez-Doiceau (360m²) n’a pas besoin de toit plat ni de trompe-l’œil.
Figure 1 Délitraiteur de Grez-Doiceau
Fig.2 : AD Delhaize à l’entrée de Jodoigne
Nous attirons votre attention sur l’exemple du supermarché Delhaize à l’entrée de Jodoigne, réussite architecturale, malgré un toit plat bien caché !
MOBILITE
A ce sujet, nous vous renvoyons à la Réaction d’Action Environnement Beauvechain asbl à l’enquête publique de décembre 2005 relative au Plan Intercommunal de Mobilité que nous avions jointe à nos observations pour l’étude d’incidences du projet de développement Equilis.
Nous ne partageons pas l’idée avancée par les auteurs de l’étude d’incidences selon laquelle le boulevard avec berme centrale contribuerait à sécuriser et requalifier le centre de Hamme-Mille. Une berme centrale morcellerait l’espace au détriment des usagers faibles et nous préconisons la concentration du trafic motorisé dans un tracé légèrement sinueux tenant compte du passage de poids lourds, ce qui nous paraît techniquement possible et ce qui laisserait plus de place pour un vaste trottoir devant les magasins et limiterait la vitesse du trafic automobile. Ce n’est qu’aux endroits sensibles (passages pour piétons) qu’une berme centrale s’impose. (voir fig.3). Dans cette figure n° 3, nous envisagerions le déplacement de la route actuelle vers l’autre côté des arbres d’alignement existants, ce qui créerait un espace large et vraiment convivial devant les commerces existants (une sorte d’esplanade pourvue de larges trottoirs, avec de la place pour une piste cyclable et suffisamment d’espace pour que les voitures garées, en quittant leur place de parking, ne génèrent pas tout de suite des situations dangereuses comme actuellement en raison de la visibilité réduite). Au cas où on estimerait une berme centrale nécessaire malgré tout, le déplacement de la chaussée pourrait être un peu moindre, de façon à intégrer les arbres d’alignement existants dans cette berme centrale. Cette solution nécessiterait bien sûr qu’on empiète sur le terrain d’en face concerné par le futur projet Tamet (qui devrait donc être adapté en conséquence), mais comme il s’agit en fait des mêmes auteurs de projet, nous avons ici une occasion rêvée pour réaliser un projet basé sur une approche globale et intégrée !
Figure 3 : proposition AEB
Nous regrettons l’absence de plans précis sur les trottoirs et cheminements piétons prévus et ne sommes pas favorables au « tout à la voiture ». Par contre, nous ne sommes pas d’accord avec l’argument de l’étude d’incidence selon lequel accentuer le dévoiement rendrait plus difficile l’entrée des camions de livraison et le transit des poids lourds « qu’il ne faut pas mettre en difficulté ». Le rond-point envisagé et sa proximité des commerces existants prouvent le contraire ! AEB souhaite rééquilibrer trafic routier et trafic doux (piétons, cyclistes) à Hamme-Mille. Cela nous paraît tout à fait possible, à condition qu’on étudie minutieusement le tracé de la route et qu’on ne reste pas cantonné dans des solutions « standard ».
A cet égard, l’étude d’incidences met le doigt sur le problème de l’étroit chemin peu convivial qui resterait entre le Lidl et le nouveau Champion, (sauf à déplacer son implantation), et propose une mise en valeur de cet endroit où se croisent le sentier 32 et le sentier de l’ancien vicinal. Nous pensons que cet aménagement mérite le plus grand soin et il faudrait éviter que le nouveau Champion s’implante sur l’ancien tracé du vicinal. Par ailleurs, nous lisons avec satisfaction qu’un accord a été négocié entre Champion et Lidl sur la mise à disposition des parkings du Lidl.
NUISANCES SONORES Toutes les recommandations énumérées au point 8.3 du résumé non technique de l’étude d’incidences doivent être strictement appliquées.
En conclusion, nous demandons de revoir la taille et l’implantation du nouveau Champion, ainsi que de revoir le tracé de la route et l’emplacement du rond-point, de façon à rendre l’espace public à la fois multifonctionnel et sûr pour les piétons et les cyclistes. L’objectif général étant d’en arriver à un projet plus en harmonie avec l’échelle humaine du village de Hamme-Mille et de la commune de Beauvechain.
Vous remerciant d’avance de la bonne suite que vous donnerez à la présente, nous vous prions de croire, Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins, à nos salutations distinguées,
[1] Etude d’incidences sur l’Environnement, résumé non technique, p.30 pt 5.5.1 [2] Règlement Communal d’Urbanisme, 4.3.1.2, p.34 [3] Règlement Communal d’Urbanisme, 4.3.1.2, p.35 [4] C’est-à-dire l'extension des périphéries résidentielles provoquant l'effilochement d'un milieu urbain dénaturé au sein du milieu rural qui perd ainsi à son tour son identité (PLAN D'ENVIRONNEMENT POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE).
[5] SDER, p.7 [6] Etude d’incidence résumé non technique p.47, pt 9.3.2 [7] Rapport justificatif des dérogations, p.9 point 3.2.d [8] Mieux que rien, évidemment ! [10] Etude d’incidences, résumé non technique p.30, 5.5.1 [11] Etude d’incidences, résumé non technique, p.28, point 5.2 [12] Etude d’incidences, résumé non technique, p.31, point 5.8.2 Modification du relief du sol. [13] Etude d’incidences, résumé non technique, p .29, point 5.5.1 |
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