Biodiversité - note 2
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(Note 2) (vers note1)

La diversité biologique et la biodiversité: quelques réflexions (suite)

 

par J.P. Mommaerts (Action Environnement Beauvechain)

 

 Préambule

 

Ce 24 janvier 2005, plus d’un millier de scientifiques, représentants de mouvements écologistes, entrepreneurs et responsables politiques  - issus de plus de 30 nations -  se réunissent à Paris pour participer à la Conférence “Biodiversité, science et gouvernance”, initiée par le président Chirac en juin 2003 au sommet du G8 à Evian.

 Et les observateurs et divers intervenants de rappeler que les chefs d’Etats réunis à Johannesburg en 2002, au “Sommet mondial sur le Développement Durable”, s’étaient engagés à réduire “de façon significative, d’ici à 2010, le taux actuel d’érosion de la diversité biologique”, un objectif que les scientifiques considèrent comme à la fois peu clair et peu réaliste.

 Et voilà que pour renforcer notre inquiétude, émerge en ce moment même le thème de la sixième extinction massive (venant, entre autres, après celles qui virent disparaître la quasi totalité des espèces vivantes, à la fin du Permien, il y a 250 millions d’années, ou les dinosaures, il a 65 millions d’années).  Cette sixième extinction résulterait des effets conjugués du changement climatique et de l’érosion  - voire la disparition - des écosystèmes.   On calcule qu’au rythme des extinctions d’espèces actuellement observé (en moyenne. 40 espèces par jour), 96 % des espèces animales contemporaines auraient disparu d’ici 16000 ans (une broutille à l’échelle des temps géologiques…).

 

Cependant, on piétine:

(1) une Convention sur la Diversité Biologique (CBD), a bien vu le jour à l’occasion de la “Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement (UNCED)” mieux connue sous le nom de “Sommet de la Terre” (Rio de Janeiro,1992).   Cependant, cette Convention n’impose pas de cadre contraignant aux Etats (au contraire du Protocole de Kyoto, par exemple).

(2) la conférence qui s’ouvre aujourd’hui à Paris, est organisée en dehors de ce qui devrait être son cadre officiel (l’ONU) et ne peut donc rien adopter formellement.

 

Nous avons pensé que le moment était bien choisi pour ressortir de nos cartons la suite que nous préparions à nos quelques réflexions - déjà livrées sur le site d’AEB - sur le thème de la diversité biologique/biodiversité…

 

1.      Introduction

 

1.1.     Diversité biologique ou biodiversité?

 

Dans une note précédente (“la diversité biologique: quelques réflexions sur sa signification et sa mesure”), placée sur le site d’AEB, nous avions évoqué la quête actuelle  -  fortement médiatisée  -  de biodiversité.

Nous avions réagi au fait que le maintien (la protection, la restauration,…) de la biodiversité puissent être présentés comme étant un but en soi, quand ce n’était pas la biodiversité elle-même qui était présentée comme un objectif…  Nous notions que, de plus, des considérations d’ordre éthique, esthétique, économique,… venaient en appui de cet objectif.

 

Tout ceci paraissait peu scientifique alors que, dans le cadre des sciences environnementales, la diversité biologique est bien définie.

 

Et de rappeler que, pour l’écosystémologue, la diversité biologique (ou diversité des espèces) est une grandeur mesurable (par un indice dérivé du rapport ‘nombre d’espèces/ nombre d’individus’), devant être comprise comme un facteur déterminant de la stabilité des écosystèmes.   On comprend en effet que le nombre d’interactions stabilisatrices (les rétroactions négatives) est corrélé avec la diversité.   La stabilité des écosystèmes  -  et donc le maintien de leurs fonctionnalités: structure du réseau trophique, niches écologiques, fonctions de refuge et de maintien de micro-climats propices  -  sont prioritaires et non pas la richesse taxonomique en elle-même, avec son cortège de bienfaits esthétiques, éthiques, économiques…

 

On l’aura compris, la confusion qui existe dans les termes eux-mêmes est à l’origine des divergences d’interprétation: en effet, diversité spécifique, diversité biologique et biodiversité ne recouvrent pas exactement les mêmes champs ni les mêmes approches.   Ainsi, la définition qui est aujourd’hui donnée de la diversité biologique est beaucoup plus large et englobante que celle que se donne l’écosystémologue de la diversité spécifique.   A son tour, la biodiversité se révèle plus englobante encore, bien que des instances officielles (CHM, dépendant de la CDB) la donnent pour synonyme de diversité biologique (voir § 1.2.).

 

Il est instructif de se pencher encore sur cette définition et aussi de voir comment le concept de biodiversité a vu le jour et s’est fait son chemin, depuis, non sans susciter quelques réticences.

 

 

1.2.   La définition “officielle”

 

Le Secrétariat de la Convention pour la Diversité biologique (CDB) a mis en place un Centre d’échange (Clearing House Mechanism ou CHM) accessible à partir du site de la Convention, afin de “promouvoir et faciliter la coopération scientifique et technique entre les parties et l’échange d’informations sur la diversité biologique”.    Ce Centre propose un glossaire avec toutes les définitions des termes scientifiques pertinents à la Convention.   On y trouve donc:

biodiversité:

“est un synonyme de diversité biologique.   La forme contractée “biodiversité” a apparemment été forgée par W.G. Rosen (1985) lors de la première réunion de préparation du “Forum National sur la Biodiversité” qui s’est tenu à Washington DC (septembre 1986).   Le rapport de ce Forum (E.O. Wilson et F.M. Peter, 1988) a attiré l’attention d’un large évantail de scientifiques et autres sur le concept de biodiversité”.

diversité biologique

“la variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, inter alia,  les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont il font partie; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes.(Syn.: biodiversité)

Il semble que le terme “diversité biologique” a été défini pour la première fois par Norse et McManus (1980) en associant deux concepts voisins: la diversité génétique (la quantité de variabilité génétique au sein des espèces) et la diversité écologique (le nombre d’espèces dans une communauté d’organismes).   Il y a au moins 25 autres définitions de la diversité biologique.”

 

Suit un inventaire de quelques 25 définitions du même genre dont, par exemple celle de McNeely et al., 1990:

“La diversité biologique embrasse toutes les espèces végétales, animales, et les micro-organismes et les écosystèmes et les processus écologiques dont ils font partie.   C’est un terme “parapluie” pour (caractériser) le degré de variété naturelle -  incluant à la fois le nombre et la fréquence des écosystèmes, espèces ou genres - dans un ensemble donné.

 

Commentaire: ce genre de définitions alambiquées, avec des concepts “parapluie” et autres “inter alia”,  fleure bon le langage pratiqué au sein des Conventions internationales.   Il faut se rendre compte que de telles Conventions se présentent souvent comme des constructions pyramidales à trois niveaux: c’est surtout au niveau intermédiaire, d’un “Groupe Technique et/ou Scientifique d’Avis”, que les experts perpètrent le malaxage, ad nauseam, du jargon scientifique.   Cependant, les scientifiques qui leur ont fait rapport sont confinés dans les groupes de travail, tout à la base de la pyramide.

 

Contrastant avec la définition “officielle”, la définition donnée par E.O. Wilson (voir § 2.1.) nous semble à la fois simple et suffisante

 

 

2.      La quête de la biodiversité: des origines à Natura 2000

 

Une série d’extraits d’articles ou d’interviews permettent de se rendre compte du champ couvert par cette approche actuelle de la biodiversité.   On voit aussi comment cette approche  -  initiée par des ONG comme l’IUCN -  a été relayée par les médias, les agences gouvernementales, les universités et les instances internationales et supra-nationales (ONU, Conventions internationales pour la protection de l’environnement, Directives de l’UE).

 

2.1.     Origines

 

On attribue généralement à Edward O. Wilson la paternité du terme de biodiversité, en 1986, qu’il introduisit dans le compte-rendu du premier forum américain sur la diversité biologique, organisé par le National Research Council (NRC) (voir aussi la “définition officielle” au § 1.2., qui diverge un peu quant à la paternité réelle du mot “biodiversité”):

 

“La façon la plus simple de définir la biodiversité est de la présenter comme la diversité de toutes les formes du vivant.   Pour un scientifique, c’est toute la variété du vivant étudié à trois niveaux: les écosystèmes, les espèces qui composent les écosystèmes et enfin les gènes que l’on trouve dans chaque espèce.” (E. O. Wilson, dans “La Recherche”, 333 , juillet-août 2000).

 

 

2.2.     Témoignages en sens divers

 

Nous ne sommes pas seuls à avoir exprimé quelques réserves: nous livrons ici trois témoignages qui se répondent entre eux ou répondent aux questionnements déjà évoqués.

 

1.   Citons ces propos extraits d’une interview donnée à “Sciences et Avenir” (décembre 2004) par Paul-Henri Gouyon, biologiste et généticien, ancien Directeur adjoint au CNRS:

(les mises en évidence (caractères gras) sont de nous)

 

Q: La sauvegarde de la biodiversité est au coeur des préoccupations des écologistes.   La disparition de certaines espèces est-elle véritablement une catastrophe?

 

“Il y a souvent de l’abus sur ce sujet.   Et par mes prises de position, je me suis attiré beaucoup d'inimitiés chez les écologistes français avec lesquels j'étais, par ailleurs, en phase sur les questions d'OGM. Nous avons des arguments esthétiques pour défendre la biodiversité : je serais personnellement très triste de voir disparaître le rhinocéros blanc.  Nous avons également des arguments économiques: « On va trouver dans la nature des molécules intéressantes pour la médecine. » Mais je persiste à penser qu'il n'y a pas d'arguments scientifiques solides pour dire que plus de" diversité, c'est mieux (voir rem. 1).   En revanche, il y a des raisons éthiques à vouloir garder un maximum d'espèces.  Il faut considérer que la place de l'homme dans la nature est une place de gestionnaire et qu'il n'a pas à s'autoriser, pour son confort, à faire disparaître quantité d'espèces. Les scientifiques doivent être présents en tant que conseillers.”

 

Rem. (1): nous ne partageons pas cette dernière opinion: nous avons déjà expliqué comment une diversité biologique importante pouvait contribuer à la stabilité des écosystèmes.

 

2.   Comme pour justifier cette charge, il y a cet extrait d’une déclaration faite dans le cadre de la campagne de “France Nature Environnement”, par le fameux astrophysicien et vulgarisateur Hubert Reeves qui multiplie ici les arguments émotionnels:

 (les mises en évidence (caractères gras) sont de nous)

 

Q: Pourquoi préserver la biodiversité ?

(…) “Chaque extinction est une perte irréparable, un désastre navrant. Il faut rappeler que chaque espèce connue ou encore inconnue de nous est un prodige de la nature, le résultat et l'aboutissement d'une évolution biologique qui s'étend sur des millions et des milliards d'années.
C'est là la première et la plus importante justification de la préservation de la diversité. Toutes les créatures ont le droit d'exister et les êtres humains ont le devoir de les protéger et surtout de ne pas provoquer leur extermination.

La seconde raison de préserver la biodiversité de la vie, c'est la prodigieuse palette des formes et des couleurs, c'est la multitude des comportements adaptatifs: cette richesse est essentielle à l'évolution qui y puise les ressources nécessaires à son maintien et à sa poursuite. Il ne faut rien en supprimer, et la garder intacte comme le garant d'un futur à ne pas compromettre.

Chaque espèce est une merveille: une manifestation de la prodigieuse inventivité et créativité de la vie qui s'est développée pendant des centaines de millions d'années et dont nous sommes issus. Les spectacles de l'épanouissement de la végétation au printemps, le retour des oiseaux migrateurs, sont des éléments qui manquent de plus en plus cruellement à l'humanité contemporaine largement confinée dans le béton urbain. Pouvoir jouir de la beauté de la nature est essentiel à notre équilibre psychique.

 

3.   Toujours sur fond de confusion sémantique, la quête actuelle de biodiversité prend l’allure d’une mode (à l’instar des prises de conscience - par ailleurs tout à fait justifiées - qui ont précédé: “la surpopulation”, “la faim dans le monde”, “la pollution”, “le réchauffement climatique”, “le développement durable”, etc.), ce qui ne laisse pas d’agacer certains.

 

Ainsi, la genèse du quiproquo entre les tenants des deux approches  - la scientifique et, dirons-nous, la “gestionnaire/scientifique” -  apparait bien dans l’article de Catherine Aubertin, économiste et directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (France), paru dans le numéro spécial (333) de “La Recherche”, juillet-août 2000, entièrement consacré à la biodiversité.

Cet article a pour titre: “L’ascension fulgurante d’un concept flou”:

(les mises en évidence (caractères gras) sont de nous)

 

“C'est la force des mots valises que d'emporter l'adhésion immédiate. La biodiversité n'échappe pas à la règle: apparu dans les dictionnaires au début des années 1990, ce concept a été adopté avec une surprenante rapidité. Chacun se fait alors son image de la biodiversité, des étals de maraîchers à la forêt amazonienne, et oublie vite que la question de la biodiversité est une construction sociale et politique récente, tout comme l'invention du mot lui-même.   En moins de dix ans, le problème de l'érosion de la diversité est ainsi devenu un problème d'environnement global, au même titre que l'effet de serre, la couche d'ozone ou le développement durable.

Au début des années 1980, l'inquiétude de nombreux scientifiques face au rythme sans précédent de disparition d'espèces et de destruction de la forêt tropicale lance le débat. Une controverse s'engage sur l'ampleur des dommages, mais, relayée par les ONG qui défendent la protection de la « nature sauvage », la menace de disparition d'espèces emblématiques comme les éléphants ou les baleines mobilise l'opinion publique. A cette époque, la biodiversité est encore synonyme de diversité des espèces.   Chef de file du courant conservationniste, l'Union mondiale pour la nature (IUCN) qui fut à l'origine des premières conventions de protection des espèces (Ramsar en 1971 et CITES en 1979), lance avec le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) la “Stratégie mondiale de conservation” en 1980.  Selon ce texte, la nature, dotée d'un droit à l' existence et d'une valeur intrinsèque, doit être protégée contre les actions de l'homme.”

 

 

2.3.  Le relais des media, agences gouvernementales et institutions scientifiques

 

Elaborant sur les définitions - plus ou moins claires - qui leur sont proposées, les médias, les agences gouvernementales, les instances académiques dessinent le champ couvert par la thématique “biodiversité”.

 

2.3.1. les medias

 

Exemple d’information proposée par un media “éclairé”: dossier de “Futura-Sciences”, faisant partie d'une série de dossiers publiés à l'occasion de la tenue, en 2002, du “Sommet mondial de Johannesburg sur le Développement Durable”.  (http://www.futura-sciences.com / sinformer /o/ johannesburg.php):

 

 

 

Q: Biodiversité : De quoi parle-t-on ? (point de vue de l’IUCN).

 

“La diversité biologique - ou biodiversité  -  (voir rem. 1) désigne la variabilité (voir rem. 2) des organismes vivants de toute origine (des plantes aux animaux, et microoganismes). La biodiversité se définit donc relativement à la variété des espèces : en 2000, environ 1,8 millions d'espèces étaient connues - en majorité, des espèces de petites dimensions, comme les insectes - , mais les scientifiques évaluent le nombre d'espèces existant à environ 13 millions (certaines estimations variant entre 3 à 100 millions d’espèces)(voir rem. 3). La biodiversité se définit également au regard des diversités génétiques à l'intérieur de chaque espèce : la ‘diversité génétique’ dépend des chromosomes, des gènes et de l’ADN qui déterminent le caractère unique de chaque individu à l'intérieur de chaque espèce. Enfin, la biodiversité se définit au regard de la variété des écosystèmes (déserts, forêts, zones humides, montagnes, lacs, cours d’eau, espaces agricoles..)(voir rem. 4).

(…)

 

Cet article de Futura-Sciences nous donne l’occasion de faire quelques remarques qui pourront également s’appliquer aux extraits donnés dans les paragraphes suivants.

 

(1) la synonymie (voir définitions officielles de la CDB) est maintenant consacrée.

(2) la variété est peut-être synonyme de diversité.   La variabilité est tout autre chose: Darwin écrivait, par exemple:

“Les espèces ayant un habitat fort étendu, les espèces très répandues et les espèces communes sont celles qui varient le plus.   Dans chaque pays, les espèces appartenant aux genres qui contiennent beaucoup d’espèces varient plus fréquemment que celles appartenant aux genres qui contiennent peu d’espèces.”  (De l’Origine des espèces).

On ne voit donc pas que la variabilité puisse être synonyme de diversité bien qu’elle puisse en être un ingrédient, notamment en raison de la variabilité génétique.

(3) la diversité biologique ne peut se définir de façon suffisante par le seul nombre des espèces présentes: sa définition (du point de vue scientifique) comporte en effet, une notion beaucoup plus riche, qui rend compte de la structure des communautés biologiques, à savoir les importances relatives des différentes populations concernées.   Il existe en effet un continuum allant du petit nombre d’espèces aux effectifs abondants vers le grand nombre d’espèces aux effectifs restreints).   Il est douteux que  - à niche écologique semblable -  les espèces aux effectifs restreints jouent un grand rôle dans le fonctionnement des écosystèmes.   Toutefois, elles pourraient aussi assumer un rôle de réserve en cas d’agression de leur écosystème (voir la théorie des redondances).   En tout cas, leur présence ou non peut témoigner de la santé des écosystèmes.

(4) comment comprendre la “diversité des écosystèmes”?   Dans certaines définitions, ont montre que les écosystèmes peuvent être emboîtés: le tronc d’arbre mort dans la forêt, la mare dans la prairie…   On peut aussi réfléchir à la diversité des écosystèmes dans la biosphère: par exemple, la diversité des écosystèmes dans une région donnée a baissé quand les surfaces cultivées ont évincé les forêts, les prairies naturelles, les chemins creux, les étangs…   On peut aussi penser aux lacs de barrage, aux zones bâties, y compris le réseaux routier et ses énormes échangeurs…

Mais comment faire le lien (faut-il qu’il y ait un lien?) entre diversité spécifique, à l’intérieur des écosystèmes, et diversité des écosystèmes eux-mêmes?  Comment ces deux niveaux d’intégration participent-ils de la même biodiversité globale?

 

 

 

2.3.2.  les agences gouvernementales

 

1.  Parmi les différentes agences gouvernementales de par le monde, citons, à propos du Saint-Laurent, celle du Canada/Québec:

 

“La Stratégie mondiale de la conservation (IUCN, 1980) reconnaissait, il y a 20 ans, trois conditions principales pour la conservation de la biosphère :

·        la conservation des processus écologiques essentiels au maintien de la vie;

·        la sauvegarde de la diversité génétique;

·        et l'utilisation des espèces et des écosystèmes de façon durable.

Ces mêmes principes font partie intégrante du concept de la biodiversité auquel plus de 40 nations ont donné leur accord dans la foulée du Sommet de la Terre en 1992 (UNCED, 1993). Cinq ans après avoir reconnu l'importance du développement durable pour assurer notre avenir à tous (CMED, 1987), on convenait que le maintien de la biodiversité constituait la meilleure assurance d'un développement durable réussi.  (La Voie verte MC, site Web d'Environnement Canada. Mise à jour le: 2002-12-02)

 

Rem: ici, au moins, c’est bref et clair!

 

2.  En Région Wallonne, la DGNRE reprend les mêmes éléments de définition (mrw.wallonie.be/dgrne/sibw/especes/biodiversite.html):

 

“Le mot biodiversité est une contraction de diversité biologique. La diversité est un concept qui fait référence à l'amplitude des variations ou des différences parmi un ensemble d'éléments; la diversité biologique fait donc référence à la variété du monde vivant. Elle est synonyme de la vie sur terre.

Le terme biodiversité est couramment utilisé pour décrire le nombre, la variété et la variabilité des organismes vivants. Ceci inclut la variabilité génétique à l'intérieur des espèces et de leurs populations, la variabilité des espèces et de leurs formes de vie, la diversité des complexes d'espèces associées au sein des habitats et des écosystèmes (des gènes aux paysages).

 

 

 

 

 

2.3.3.   Les institutions académiques

 

Les institutions académiques (ici les FUNDP) reprennent les mêmes concepts:

 

“La biodiversité, un terme à la mode mais souvent mal compris.

Le mot biodiversité ou diversité biologique désigne la diversité du vivant: variété de la vie végétale, animale et bactérienne. Elle comprend différents niveaux d’organisation: diversité génétique, diversité des espèces, diversité des écosystèmes et diversité des paysages.

 

(…)

Diversité des espèces

La diversité spécifique concerne le nombre d’espèces actuellement décrites qui est de l’ordre de 1,7 million. Les angiospermes (250.000 spp.) dominent largement le règne végétal. Chez les animaux, les insectes (751.000 spp.) renferment plus de la moitié des espèces connues. Généralement, on mesure la diversité spécifique au sein d’un taxon tel qu’un ordre, une famille,...

Diversité des écosystèmes

La diversité des écosystèmes (communauté d’organismes en interaction avec son environnement) doit s’examiner à différentes échelles: du microsite à la biosphère. Elle concerne la diversité des grands biomes tels que les forêts tempérées, les forêts tropicales, les savanes,… Mais si une forêt constitue un écosystème en soi, il en est de même pour un tronc d’arbre mort, une mare, un ruisseau,…”

 

 

3.      Vers une carrière internationale

        

Les forums, conférences, plateformes et autres centres d’information se multiplient depuis les années ’90.

 

Exemples:

·      La Commission européenne a encouragé, dès 1999, la création d’une “Plateforme européenne pour une stratégie de recherche en biodiversité”. Cette EPBRS (European Platform for Biodiversity Research Strategy) est un groupe informel dont les membres ont été nommés par le comité du programme “Environnement et développement durable” du cinquième Programme cadre de recherche et développement.

·      En 2001, le Commissaire responsable de la recherche annoncait l’implication de la Commission européenne dans une nouvelle initiative internationale, le « Centre d’Information sur la Biodiversité Mondiale » (CIBM), destinée à proposer un accès universel aux informations sur la biodiversité.

·      En ce moment même (janvier 2005) se déroule à Paris la Conférence “Biodiversité, science et gouvernance”, initiée par le président Chirac en juin 2003.

 

Le forum international obligé reste cependant la “Convention sur la Diversité Biologique” (CDB), placée sous l’égide de l’ONU, et qu’il s’agit de sortir de l’enlisement.

 

3.1. la Convention sur la Diversité Biologique (CDB)

 

La “Convention sur la Diversité Biologique (CDB)”, a vu le jour à l’occasion de la “Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement (UNCED)” mieux connue sous le nom de “Sommet de la Terre” (Rio de Janeiro,1992).

 

Le 11 juin 1992, plus de 150 pays avaient signé cette Convention; au moins 175 pays l'ayant ratifiée depuis, elle est entrée en vigueur le 29 décembre 1993.

 

En 2002, à La Haye, les signataires de la Convention ont fixé l'objectif de "réduire significativement d’ici à 2010 le taux d'érosion de la biodiversité" (même engagement qu’à Johannesburg, au “Sommet mondial sur le Développement Durable”).

 

La Convention est composée d'un préambule, de 42 articles et de 2 annexes. Le corps de la convention est contenu dans les articles 1 à 22, tandis que les articles 23 à 42 portent sur son fonctionnement légal et administratif.  Voici la teneur de 6 premiers articles.

 

Article 1 : Objectifs

·         La conservation de la diversité biologique;

·         L'utilisation durable de ses éléments constitutifs;

·         Le partage juste et équitable des avantages qui découlent de l'utilisation des ressources génétiques, à des fins de commerciales et autres.

Article 2 : Emploi des termes

·         Définition des termes suivants : biotechnologie, conditions in situ, conservation ex situ, conservation in situ, diversité biologique, écosystème, espèce domestique ou cultivée, habitat, matériel génétique, organisation régionale d'intégration économique, pays d. origine des ressources génétiques, pays fournisseur de ressources génétiques, ressources biologiques, ressources génétiques, technologie, utilisation durable et zone protégée.

Article 3 : Principe

·         Les États ont le droit souverain d'exploiter leurs propres ressources selon leur politique d'environnement et ils ont le devoir de faire en sorte que les activités exercées dans les limites de leur juridiction ou sous leur contrôle ne causent pas de dommage à l'environnement dans d'autres États ou dans des régions ne relevant d'aucune juridiction nationale.

Article 4 : Champ d'application

·         Les dispositions de la Convention s'appliquent à chacune des Parties contractantes lorsqu'il s'agit des éléments de la diversité biologique de zones situées dans les limites de sa juridiction nationale et des processus et activités qui sont réalisés sous sa juridiction ou son contrôle.

Article 5 : Coopération

·         Chaque Partie coopère avec d'autres Parties contractantes pour la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique.

Article 6 : Mesures générales en vue de la conservation et de l’utilisation durable

·         Chacune des Parties élabore des stratégies, plans ou programmes nationaux tendant à assurer la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique et l. intègre dans ses plans, programmes et politiques sectoriels ou intersectoriels pertinents.

                               (…)

               

La structure pyramidale des grandes conventions a déjà été soulignée.   La CDB obéit au même modèle:  au niveau supérieur - décisionnel - on trouve la Conférence des Parties (COP) qui se tient une fois par an.   Au niveau intermédiaire - d’avis scientifique et technique - on trouve le “Subsidiary Body for Scientific, Technical and Technological Advice (SBSTTA)” chargé de faire rapport à la COP.    Le SBSTTA a aussi mis en place un “centre d’échange d’informations scientifiques et techniques (Clearing House Mechanism - CHM)” entre les parties.    Le SBSTTA traite les rapports qui “montent” du niveau de base: les groupes de travail thématiques

 

Au moment où se tient à Paris, la Conférence “Biodiversité, science et gouvernance”, les observateurs donnent cette Convention pour pratiquement enlisée.    Elle piétinerait notamment en raison des difficultés à obtenir un consensus sur le 3ème objectif de l’article 1, à savoir  “le partage juste et équitable des avantages qui découlent de l’utilisation des ressources génétiques à des fins commerciales et autres” !   La Convention est aussi affaiblie du fait que les Etats-Unis, ne l'ont toujours pas ratifiée.

 

 

3.2. la Directive “Habitats” et le réseau Natura 2000

 

Cette Directive fait directement référence à la biodiversité.   En effet, elle représente, avec la Directive "Oiseaux", la contribution communautaire au maintien de la biodiversité telle que stipulée par la Convention pour la conservation de la Biodiversité (CDB).

 

 Directive “Habitats”

 

La DGNRE nous propose cette information sur la Directive “Habitats”:

 

La Directive "Habitats, Faune et Flore" (92/43/CEE) complète la législation communautaire de conservation de la nature mise en place avec la Directive “Oiseaux”. Elle définit un cadre commun pour la conservation des plantes et des animaux autres que les oiseaux, et des habitats en tant que milieux naturels. Elle prévoit la mise sur pied d'un réseau de "zones spéciales de conservation" baptisé Réseau "Natura 2000" destiné à assurer un "état de conservation favorable des espèces d'intérêt communautaire.

 

Les thèmes abordés par la Directive “Habitats” concernent plus précisément:

 

·      Les Habitats naturels à protéger (Annexe 1)

·      Les espèces dont les habitats sont à protéger (Annexe 2)

·      Les espèces strictement protégées

·      Les espèces à statut spécial

·      Les zones biogéographiques

·      Le réseau Natura 2000

 

 

Le réseau Natura 2000

Les zones spéciales de conservation sont désignées par les États Membres à partir de la liste des sites d'importance communautaire et s'intègrent à un ensemble plus vaste pour former le réseau Natura 2000. De plus les zones de protection spéciale désignées au titre de la directive "Oiseaux" seront partie intégrante de ce réseau.

Pour qu'un tel réseau joue pleinement son rôle, les zones doivent être reliées entre elles par des éléments tels que: des structures paysagères linéaires (haies, rivières avec leurs berges limites traditionnelles des champs...), mais aussi des mares, étangs bosquets et des zones en friches fonctionnant comme autant d'étapes migratoires ou de refuges pour les espèces

(http://mrw.wallonie.be/dgrne/sibw/legislations/convint/CE9243A.html - document mis en forme par L. Wargé et M. Dufrêne.)

 

 

 

La mise en application des Directives Européennes “Habitats” et “Oiseaux” représentent un des plus beaux succès de la quête de biodiversité.    En effet, la mise en place du Réseau “Natura 2000” est contraignante et, quelles que puissent en être les faiblesses, c’est un progrès considérable!

Ainsi, faisant montre de rigueur, la Commission Européenne a décidé d’engager des poursuites contre la France à propos de six dossiers, dont celui du réseau Natura 2000, pour lequel ce pays s'était déjà fait condamner en 2001.

La Wallonie est également mise sous pression et menacée de sanctions économiques par la Commission Européenne: le Gouvernement  wallon ne devrait plus tarder à désigner pour Natura 2000 une série de sites précédemment controversés.

 

 

 

4.    Synthèse

 

Première analyse

 

D’avoir été dépossédé du terme “diversité biologique” (il y a une douzaine d’années) comme du terme “écologiste” (il y a plus de 30 ans) a pu crisper plus d’un scientifique.   Ainsi, notre première note, à lire sur le site d’AEB, réagissait brièvement au traitement qui était actuellement fait du terme “diversité biologique” et rappelait plutôt les éléments qui sont à la base du concept de diversité, pris sous l’angle scientifique.

 

Avec cette seconde note, nous nous penchons plus longuement sur le contenu actuel du concept de “biodiversité”.   

Et nous nous rendons compte que, contrairement à la “diversité des espèces” (prise au sens strict), il n’y pas réellement de définition possible pour la “biodiversité”: celle-ci nous est plutôt présentée comme un terme “parapluie”, un champ d’investigations, un programme, une quête.   Les textes qui s’y rapportent  -  et notamment les définitions officielles  -  sont souvent peu clairs, mêlant ou associant diversité biologique et biodiversité, variété et variabilité, gènes et paysages, science et éthique, économie et esthétique…

 

Pour Catherine Aubertin, la biodiversité se présente comme un “concept flou en ascension fulgurante”.

De fait, à l’instar du “développement durable”, le concept de “biodiversité” est en pleine expansion et déborde du champ des sciences environnementales.  

 

Toujours selon Catherine Aubertin, “la question de la biodiversité est devenue une construction sociale et politique“.

 

 

Deuxième analyse

 

Cependant, nous aurions tort de persister dans notre agacement:  que la question de la biodiversité soit devenue une construction sociale et politique, fournit plutôt une occasion de nous réjouir.  En effet, la prise en considération effective, par les acteurs politiques, du gouffre dans lequel nous sombrons actuellement est un enjeu autrement important que le bon usage du terme “diversité”!

 

Pour jouer un rôle effectif dans cette prise de conscience, nous devons agir selon ces axes:

·      être attentifs à ce que la science ne soit pas trop en décalage par rapport au travail des gestionnaires/scientifiques, par exemple veiller à ce que la biodiversité, à son tour, ne se dilue dans la bulle  - en expansion -  créée par les Conventions, Protocoles, Plateformes, Déclarations, Conférences et Programmes internationaux

·      poursuivre un travail d’information: analyser le travail réalisé au sein des structures internationales (par exemple, Natura 2000) et le présenter en termes clairs pour tous.

·      poursuivre inlassablement notre travail éducatif, surtout auprès des plus jeunes, et ainsi contribuer à établir un “socle de connaissances et de motivation” dans le domaine de l’écologie et du développement durable.

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